J’opère avec minutie la lente opération de mes intuitions. Je mets des
sons sur des élans soudains. Ils me rappellent à quel point mes passions
sont éphémères. Comme ces moments
où je trempais mes doigts dans la laque pour me bénir
Quand l’horreur était forte. Quand la porte restait morte
Au milieu des épaves
À contempler leur manière de m’ausculter
À comprendre leur délicatesse
J’ai cru me perdre avec eux. Nous traversions des roseaux pourpres
dans des lieux secrets. Envahis de ruches. Le long des falaises
recourbées. Dans mon lit, dans la rue.
Le soleil
n’avait plus de paupières.
Et je pense bien avoir aperçu une tâche de mon futur
dans le creux de mes yeux
C’était l’époque des mensonges. Des lettres, des songes. Lorsque ma
silhouette parvenait encore me convaincre que le temps s’arrêtait.
Est-ce que c’était ma faute ? J’étais si innocent.
J’aimais encore les compotes
je suis encore en retard, tout en ayant l’impression d’avoir tout vu.
Les gens devraient essayer de le voir. Ce
petit sourire que je porte. Pour eux. Comme eux. Dans la salle
d’attente.